Ceci devait s'appeler simplement "Ondes Négatives", parce qu'en définitive, il ne s'agit que de ça. Et puis je me suis dit qu'en voyant le titre on n'aurait pas envie de le lire. Alors pour me fustiger de cette pensée qui prend bêtement en compte les lecteurs, j'ai décidé d'en balancer un encore plus rebutant, pour me faire les pieds.
Oui parce que vous pouvez passer une journée pleine d'exaltations de toutes sortes et même accepter de gaieté de coeur de vous perdre dans le labyrinthe de la Bibliothèque de la Sorbelle juste après un partiel acrobatique où vous avez dû vous demander si Molière pense, et vous surprendre le lendemain bourrelée d'ondes négatives, d'envies meurtrières. Vous savez, ces doux moments où quelque chose vous pousse à dire leur fait aux parasites qui se croient vos amis (et facebook vous tend la main, gentiment), à gueuler contre tout, à écrire des trucs incendiaires, à recouvrir votre appart de post-its pleins d'insultes gribouillées et de formules haineuses... Ouais! Vous pourriez me dire "Beaucoup de bruit pour rien, upload ton statut facebook en disant <<Aujourd'8 tt m'vénère>> et fous nous la paix." Ha ha certes mais pour une fois j'ai envie d'analyser cet état d'esprit incompréhensible dans un monde qui, précisément, n'est que paix et amour.
Rigolez pas, il suffit de traîner sur Facebook, Miroir de notre Société Moderne, pour se rendre compte du fait tout simple que nous sommes tous "Amis", et qu'on ne nous propose que de "Découvrir l'âme soeur" et de savoir qui nous aime. On ne peut qu'"aimer" les activités de nos Amis, et un panel de façons de communiquer avec eux nous est proposé, du message privé perso jusqu'au petit commentaire discret sous le statut, en passant par le post pissé contre le wall. Or nous savons tous désormais grâce aux séries américaines, que la communication, c'est le plus important dans les relations humaines. Paix et amour, vous dis-je!
Mais là je défonce une porte ouverte. Excusez l'incartade.
En réalité j'ai peur de tailler dans le vif du sujet du jour, parce que je sais fort bien que je n'arriverai pas à en venir à bout. Prenons un autre détour, par la forêt.
Ce qui me gonfle d'abord, c'est que je ne peux souscrire à rien de ce que peuvent écrire les autres, en de telles journées. Je cherche des trucs négatifs, mais ne trouve que des "critiques", constructives et raisonnables, voire même intelligentes, ou des "coups de gueule", seulement, comme je déteste le principe aussi bien que l'expression, je m'en détourne encore plus exaspérée. Les gens m'irritent parce qu'ils ont l'air de coler au réel, d'être dedans, bien dedans, intégrés, de jouer avec, de jongler avec, de le maîtriser, même s'ils ne l'aiment pas forcément. Ils ont l'air de s'inquiéter de trucs, ouais, de "trucs", parce que toutes les manifestations du réel sont pour moi des "trucs", c'est tout petit et insignifiant, et on s'en fout, on s'en tape, on s'en tamponne le coquillard, on s'en fouette les bourses-molles avec une patte de chameau. C'est pas que j'aie de la hauteur, rien de tel, et même loin de là! Je me sens aussi insignifiante, je me sens aussi "truc" que ces petits "trucs" du réel, sauf que je suis un petit truc sur qui s'empilent plein de trucs. Non, je suis le petit truc qui court dans un labyrinthe de trucs. Sauf que les autres pendant ce temps là ils appellent ça "le monde", "la société", "la vie", bref "le réel". Et je me dis
Mais ils sont vraiment sérieux là?
Je me dis
Non mais il est vraiment déprimé à cause de ça?
Je me dis
Allez, c'est pas vrai, on s'en tape de ça!
Je me dis
Mais bon sang ils se rendent pas compte qu'on va tous mourir, demain ou dans deux mois ou dans trente ans, et qu'on peut pas vraiment savoir quand, mais ils se rendent compte que quand on sera morts, tout ça nous fera une belle jambe? Ils choisissent de prendre la vie au sérieux alors qu'on va tous mourir bientôt? Ils choisissent le sérieux alors que c'est précisément la mort dans la vie? Que c'est mourir avant son heure? Que c'est l'euthanasie de l'esprit avant la putréfaction du corps? Ils donnent de l'IMPORTANCE aux choses???
Je me dis
Merde, comment ils font?
Et alors j'ai envie d'être contre tout, mais comment dire ça? Parce que ce n'est pas non plus être contre tout, c'est simplement se foutre de tout, éperduement. Se ficher passionnément de tout. Mais pas comme ces gens qui disent quand ils choisissent de faire la fête plutôt que de bosser, "basta, on ne vit qu'une fois!", parce que ça aussi, c'est sérieux. Ils choisissent de s'amuser selon un calcul, celui qui dit qu'on n'a qu'un certain temps et que donc il faut le mettre à profit pour se faire plaisir. C'est encore une organisation, un cadre...
Et à ce moment là je me rappelle que chacun choisit pour soi et que je n'ai pas le droit de répandre ces ondes négatives, qui sont négatives, non pas pessimistes, mais négatives dans le sens où elles enlèvent quelque chose, elles fractionnent et retranchent. Elles virent les barreaux du réel, en somme. Elles virent le sérieux. Tant que vous ne croisez pas le reflet de vos semblables, elles n'échauffent pas la bile noire mais la purgent.



