Bien profondément!

Il se passe rien ici, on s'emmerde! Puisque vous voulez pas tortiller du fion en choeur, prenez-vous un bon gros suppo, et revenez plus tard.
Bien profondément!
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# Posted on Friday, 25 December 2009 at 12:03 PM

I CAN SEE FOR MILES AND MILES AND MILES AND MILES AND MILES

Ah ouais les gens, c'est pour quoi au juste que vous lambinez dans les rues en vous traînassant comme des vermiceaux peureux?? La recette toute prête 6 EN 1 du bonheur suprême pour tous les jours et même les jours fériés, les vacances scolaires et le 31 février???
Mais bande de troufions poilus pas drôles, je vous la donne quand vous voulez!
Vous vous foutez les yeux au milieu de la figure, si possible après avoir passé une soirée devant Bruce Willis trop bien sapé mit moumoute blondinette comme il aurait jamais osé espérer en récolter une de son vivant, post-mortem, à titre posthume, dans cette vie ou les suivantes amen, et avec votre cyclopote de cerveau luisant vous bossez sur le truc bien chiant, le truc qui vous prend tellement la tête que vous traitez toute la journée l'humain ou l'humaine cause première de ce que ce boulot vous retombe entre les pattes - ledit gus ou ladite donzelle entendant siffler les anges dans sa caboche pour cause de médisance répétée, voire même Quasimodo trippant tout seul à Notre-Madame avec la fée clochette. Bref. Et là avec l'aide du destin, celui qu'on sait jamais d'où qu'c'est qu'y sort et d'où qu'c'est qu'y va, un poto bien sympathique vous refile le bon tuyau.
C'est là que ça devient intéressant, changez pas de chaîne tout de suite.
Vous embarquez Les Chants de Maldoror dans votre grand sac multicolor genre Je-suis-en-été-dans-ma-tête-parce-que-je-suis-une-bonne-douce-qui-aime-pas-l'hiver, même si c'est pas vrai, et vous ajoutez un bon gros pavé de Rousseau, au hasard, Les Confess'. D'un pas martial vous vous dirigez vers le premier pub irlandais venu, mais attention, pas venu tout seul non plus, choisissez un minimum genre au bord de la Seine, genre près de Saint-Michel buttant son dragon bien comme il faut, vous voyez, le beau petit pub pas genre très typique mais sympa quand même, genre simple lazure sur les murs et les Strokes en boucle même s'ils sont de New-York City et pas de Dublin Glinglin. Là surtout n'oubliez pas la pinte, à 6¤50 sinon c'est pas du jeu, et montez toujours trainant ce gros sac voyant dans lequel les gens ne voient pas Jean-Jacques et Lautréamont. Au premier normalement y'aura lecture de textes organisée. Si y'a pas barrez-vous. Si y'a installez-vous, attendez que ça commence, les gens vont vous parler un peu vous verrez, dès qu'on entre en littérature les gens sont gentils, les humains sont humains c'est fou, enfin vous verrez. Voilà, vous y êtes. Ecoutez. Vous n'êtes même pas forcés de participer, notez. Vous emmenez avec vous ce pote ou cette potesse qui vous a refilé le tuyau, ou plutôt c'est cet humain-là qui vous a emmené, remettons les pendules à leur place et César sur son Rubicon. Gorgée par gorgée la bière s'écoule au son délicat des petits mots bien agencés, et vous observez ces passionnés comme vous, qui lisent sans prétention leur bout de texte préféré, vous vous laissez bercer par les Strokes et la musicalité de la poésie française (poum poum). Le temps s'étire et ne passe pas, il est onze heures déjà il faut s'arrêter - quoi, déjà?! Reprendre le métro est une danse souriante, vous marchez vite, si vite, plus vite que jamais, vous ne sentez plus du tout les yeux de l'adversité, vous êtes seul, vous avez envie d'embrasser le panneau qui dit "Tolbiac" dans le métro, vous marchez si vite, vous rentrez chez vous, de la musique dans les oreilles bien sûr, toujours de la musique, et Dylan est bon, Shelter from the storm encore plus ténébreuse et vaste qu'en temps normal, mais ça vous le saviez, Dylan c'est encore mieux à moitié pété, et chez vous faites une énorme platée de pâtes en dansant chtarbé sur le Wilbury Twist, une main sur la tête, un pied en l'air et claudiquant joyeusement dans la pièce, l'eau bout et bout mais vous écrivez à toute vitesse, cliqueti des touches et l'eau bout et bout et bout et clic clic clic avec une tranche de jambeurk des pâtes c'est cool à minuit, sweet tradition ancestrale gueuse des pâtes de minuit! En beurrant les pâtes vous vous dites halluciné "le bon Saint Jean-Jacques dans sa coquille mange du jambon et des coquilles saint-jacques" et je peux vous assurer que vos voisins ont tremblé d'entendre rire ainsi à minuit, ont revu la maman Bates, ont eu froid dans le bas du dos, et je vous assure que les pâtes à minuit avec le Wilbury Twist et un texte en formation, c'est sa mère la race de son arrière-grand-mère le pur bonheur.

Put your hand on your head (hand on your head)
Put your foot in the air (foot in the air)
Then you hop around the room (hop around the room)
In your underwear (in your underwear)
Ain't ever been nothin' quite like this
Come on baby it's the Wilbury Twist

Lift your other foot up (other foot up)
Fall on your ass (fall on your ass)
Get back up (get back up)
Put your teeth in a glass (teeth in a glass)
Ain't ever been nothin' quite like this
It's a magical thing called the Wilbury Twist

Everybody's trying to do the Wilbury Twist
China, Belgium, France, Japan
Thailand, Poland, Pakistan
Everybody's trying to do the Wilbury Twist

Roll up your rug (roll up your rug)
Dust your broom (dust your broom)
Ball the jack (ball the jack)
Howl at the moon (at the moon)
Ain't ever been nothin' quite like this
Everybody's talking 'bout the Wilbury Twist

Everybody's trying to do the Wilbury Twist
Puerto Rico, USA
England, Cameroon, Norway
Everybody's trying to do the Wilbury Twist

Turn your lights down low (your lights down low)
Put your blindfold on (your blindfold on)
You'll never know (you'll never know)
When your friends have gone (when your friends have gone)
It could be years before you're missed
Everybody's trying to do the Wilbury Twist

It's a different dance (It's a different dance)
For you all to do (for you all to do)
Spin your body (very versatile)
Like a screw (spin your body like a screw)

Better not forget it on your shopping list
You can stop and buy one
It's the Wilbury Twist
Aint never been nothing quite like this
Better come and get it, It's the Wilbury Twist
I guess by now you've got the gist
Everybody's crazy 'bout the Wilbury Twist

Oooooooh, aah!

# Posted on Wednesday, 25 November 2009 at 6:37 PM

Edited on Tuesday, 15 December 2009 at 6:44 PM

What big muscles you have! (Prick...)

C'est quand une période Low s'annonce qu'il convient d'écrire ses Rêveries, afin que les pensées ravivées rendent à notre humeur la flamme qu'elle a perdue.

Après cinq visites à la nouvelle exposition permanente (j'aime bien Beaubourg, ils n'ont pas peur des oxymores là-dedans), Elles@centrepompidou, Révélations. D'abord qu'on n'est pas sorties des ronces, nous les bonnes femmes. Ensuite que même si on voulait élever les mouflettes de sorte qu'elles deviennent des femmes complètement indépendantes d'esprit, il faudrait les couper de toute la culture accumulée: films, dessins animés, art pictural, musique, littérature. Car c'est la culture des hommes. J'ai beau aimer Truffaut je me rends bien compte qu'il a une vision des femmes archaïque, par exemple. Et pourtant c'est bien un cinéaste qui aime les femmes. L'un n'empêche pas l'autre. Pour qu'une fillette se forge un caractère, une "féminité" libérée du formatage masculin, il faut qu'elle le fasse seule, il faut absolument éviter qu'elle fantasme sur des modèles discrètement conservateurs. Il ne faut pas qu'elle rêve au Prince Charmant, qu'elle admire les mannequins, bref elle ne doit pas se voir au travers du filtre du regard masculin. Qu'elle s'habille pour elle et pas pour attirer les convoitises, qu'elle ne pense pas uniquement à se caser, qu'elle ne développe pas de complexes à l'adolescence parce qu'elle se croit imbaisable, qu'elle puisse se former en dehors de la dichotomie traditionnelle Sainte Marie / Marie-Madeleine, qu'elle puisse être autre chose que la prude vertueuse angélique rassurante douce et mère en puissance, ou la femme fatale renversante bête de sexe manipulatrice et potentiellement salope. Qu'elle ait un autre choix que le blanc ou le rouge. Or dans notre culture il n'y a rien d'autre. La littérature est pleine d'analyses fines et brillantes de caractères masculins, d'introversions d'hommes, mais cherchez donc quelque chose qui tienne un peu la route sur les femmes... Au mieux elles sont traitées avec dignité, comme chez Blake, Stendhal, ou Duras... Mais lire peut être une véritable torture morale pour une femme. Mon amour-propre survit rarement aux Fleurs du Mal.
Je veux que l'on soit femme et non au-dessus de l'homme, non déesse ou pute, je ne veux pas qu'on m'admire, je veux que femme soit strictement égal à homme, ni plus ni moins, je ne veux pas qu'on dise que nous sommes semblables, mais complémentaires, même chair séparée. Dieu a été cruel d'arracher la femme à l'homme et l'homme à la femme, d'enlever Eve du coeur d'Adam dans son sommeil! Nous voilà déambulant sous le soleil, pauvres lambeaux d'un être complet, ce qu'on a appelé féminité et virilité boitillant dans la vie séparées.
Je ne veux plus voir de sacrifice et d'abnégation, je ne veux plus voir de figures de femmes salvatrices, comme si l'homme avait une dignité plus grande qui lui permettait de demander pour lui le sacrifice d'une femme. Pourquoi jamais le contraire? Mais je ne veux pas voir le contraire non plus.
Je ne veux plus voir de personnages féminins qui soient juste le "love interest" du héros du film, je ne veux plus voir d'actrices posées dans un film pour faire joli, je ne veux plus voir de comédies pour gonzesses où les femmes sont des folles de shopping qui passent leur vie à quémander du mec, je ne veux plus voir de "presse féminine" puérile et frivole, je ne veux plus rencontrer de nanas faiblardes qui croient avoir besoin de la domination d'un mec - mais merde, réglez vos problèmes avec l'autorité paternelle, les filles!
Comment peut-on supporter de se faire siffler dans la rue, comme si une femme était un utérus sur pattes, une chienne en chaleur qui dirige sa vie selon les bons plaisirs sexuels de l'homme? Comment peut-on supporter que les femmes soient moins payées parce qu'elles peuvent tomber enceinte et arrêter de travailler, autrement dit comment peut-on supporter que la société patriarcale nous méprise parce que nous donnons la vie?

Il serait bon de rappeler aux hommes que nous pourrions nous débrouiller seules sur Terre avec leur sperme préalablement prélevé et stocké alors qu'ils seraient bien emmerdés si nous disparaissions toutes. Vous voulez nous parler d'inégalité naturelle? Qui a la force, entre celui qui a d'assez gros muscles pour détruire et celle qui possède la puissance divine de créer?
We created it, let's take it over!
Je suis l'Austin Powers du féminisme. Groovy, baby!
+
What big muscles you have! (Prick...)

# Posted on Sunday, 22 November 2009 at 11:58 AM

Edited on Wednesday, 25 November 2009 at 3:39 AM

Macca on my mind...

Macca on my mind...
Encore un biopic sulfuredondant à la "Gainsbourg, une vie héroïque", mais horreur, sur Paul McCartney, et O Horreur Suprême, français. Sauf que l'horreur vraiment suprême, c'était que christian clavier jouait Macca... On voit l'avancée du maquillage pour le faire ressembler à Paul (j'espère d'ailleurs qu'ils n'ont pas oublié les talonnettes, au pire un pote pourra lui en prêter), mon frère me dit "Alors, t'en penses quoi, ça y ressemble, hein?" et je trouve que non, regard d'experte et ton docte "Non, regarde les sourcils, c'est LE trait distinctif de Macca, l'arrondi des sourcils, et les pommettes, c'est pas ça du tout, et il n'arrivera jamais à contrefaire le regard de Paul, drôle d'idée de prendre clavier." En réalité ça me faisait plus penser aux maquillages de Michael Jackson pour Ghost, quand il se transforme en monstre affreux et qu'il aime ça en plus, le bougre.

Pendant ce temps là je m'enfonçais dans une des universités de Cambridge en faisant du vol plané, plus j'ai l'esprit clair plus je m'élève, mais ça devenait difficile parce qu'il y avait une contamination bizarre, parfois j'entendais qu'une araignée sauteuse venimeuse piquait tout le monde et produisait des zombies, parfois qu'un produit toxique s'étendait de mur en mur, et aux gens qui me demandaient de l'aide ou la direction de la sortie je ne pouvais que hurler "I can see for miiiiles!" en pensant très fort Mais qu'est-ce que ça pue les Who pourquoi je chante ça moi?? Enfin you can't always get what you want.

Enfin, "ça pue les Who", faut pas exagérer, mais disons que ça vaut pas un bon Helter Skelter.
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# Posted on Sunday, 15 November 2009 at 5:17 AM

Edited on Wednesday, 25 November 2009 at 4:09 AM

La voix crie au désert

La transgression devient politiquement correcte. France Inter critique la "pensée unique" par son unique pensée. La manière douce de bien vivre est "Bobo" et les Verts sont opportunistes. Les militants sont totalitarisants, exprimer des choses simples et naturelles est niais, la fête est l'habitude, l'amour la norme.

J'ai envie d'éteindre ma lanterne en soupirant.

La passion est culturisée, l'ignorance culpabilisée. La beauté est moutonnière, elle est ressemblance, elle est foule. Il faut "tourner la page" et oublier les morts, car "la vie continue".

Je refuse de faire mon deuil.

Qui suit son propre génie?


We think we know things. In fact we know nothing. You think I know things because I'm older? I'm full of shit. We Really Know Nothing.
"She knows there's no success like failure and that failure's no success at all."
Beyond Here Lies Nothing.
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# Posted on Friday, 30 October 2009 at 6:57 PM

Note: "Pas niais" ne signifiait pas forcément "effrayant", merci!

La Terre, les Hommes, Tout serait probablement détruit dans quelques jours. On n'en était pas complètement sûr, mais une sorte d'instinct nous disait que tout s'arrêterait bien dans quelques jours. Ce cauchemar a duré des heures, des heures de cette sensation de perte comme je n'en ai jamais connu IRL. J'ai fait l'expérience de la certitude de ma mort prochaine, aussi vivement que si j'étais éveillée et que tout était vrai. Un doux chaos se traînait dehors, les communications de toutes sortes étaient difficiles. Je ne pouvais pas joindre mes amis pour qu'on se dise adieu. Mais c'était presque un détail comparé à ce sentiment oppressant de fragilité extrême, de perte inéluctable. Comme lorsqu'après un long séjour dans une demeure de vacances, on se promène une dernière fois dans chaque pièce quelques minutes avant le départ. Je finissais par retourner vers ma famille. Nous attendions la fin dans une grande pièce à peu près vide, sans pleurer, avec le sourire, résolus, résignés, rendus, et comme s'il était tout à fait normal, finalement, que cela advienne. Nous avions abdiqué. Je me suis réveillée avant de savoir si vraiment, tout allait finir.
Au-dessus j'entendis mon voisin fracasser ses meubles et tomber à plusieurs reprises, avant de vomir longuement, abominablement.

C'était pourtant le midi d'une excellente semaine.
Note: "Pas niais" ne signifiait pas forcément "effrayant", merci!
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# Posted on Friday, 30 October 2009 at 1:33 PM

Delapluie et Dubeautemps.

Delapluie et Dubeautemps.
Si Dubeautemps n'avait pas percuté Delapluie en descendant de son immeuble du VIème, on en serait encore à laisser courir les chiens délaissés dans les rues. Et ça, j'aime pas. Que les petits frustrés d'Enitharmon dansent sous la lune tout leur soûl, nous sommes de toute façon indifférents à tout ce qui peut gigoter par-dessus nos têtes d'ampoules. "Keep a good head, always carry a lightbulb!" - on ne peut pas tous avoir pour devise "Vitam impendere vero" comme ce bon Jean-Jacques! Pour notre temps une tête saine et une ampoule suffisent bien.
L'automne a été bien court cette année... Didn't even catch a glimpse of an orange forest. Déprimant.

Ca vous dirait que je vous conte les aventures extraordinaires de M.Rousseau? Car écrire d'après mes rêves devient trop intimiste et écrire n'importe quoi devient lassant.

Vous devriez essayer de parler au vide, c'est une expérience absolument vertigineuse.

Wow. The emptiness is endless!

Ca vous arrive de parler tout seul? Genre parler aux murs quoi. Sauf qu'on cause jamais aux murs, bien sûr. On peuple toujours sa solitude. D'où les amis imaginaires. Mais pas les amis imaginaires des films, évidemment. Les délicieuses chimères qui adoucissent la vie la plus retirée, comme aurait dit Vous Savez Qui.

Je pourrais développer bien sûr... Mais je sais qu'en réfléchissant deux secondes vous arriverez aux mêmes pensées que moi là-dessus, alors à quoi bon gratouiller trois plombes sur un sujet même pas intéressant?

Bonjour chez vous.

# Posted on Tuesday, 20 October 2009 at 6:12 AM

Edited on Sunday, 25 October 2009 at 5:05 PM

J'aimerais ne plus faire de rêves niais s'il-vous-plaît merci bien!

Je suis entrée dans une pièce blanche éclairée par mille néons cachés, je me suis dit "Tiens, c'est Happy Time ici!", quand j'ai vu, alignés sagement les uns à côté des autres derrière leurs bureaux respectifs, Paul, George, John, Ringo et Bob. Les Beatles ont surtout retenu mon attention, et soudain je me suis mise à chanter avec celui qui pédalait avec moi sur le même petit tracteur d'enfant, "You've got to hide your love away" puis "Ticket to ride". Aux deuxièmes couplets les Beatles et Bob se mettaient à chanter avec enthousiasme et ils sortaient de derrière leurs bureaux, en nous montrant du doigt avec d'immenses sourires blancs. C'étaient les Beatles en 1964 et Bob Dylan en 1962, peut-être est-ce pourquoi je n'ai pas beaucoup fait attention à lui. George discutait avec moi ensuite et me disait qu'il était "very lonely", ce que disent toutes les stars de cinéma aux jeunes filles pour les séduire. Comme je pensais qu'il se moquait de moi j'ai juste ri et j'ai dit "Et Patti?". Il a eu l'air consterné. Je me suis retournée et Bob Dylan de 1989 se tenait là, l'air bizarrement gentil. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui faire "Qu'est-ce qu'y vous arrive, vous souriez?" ce qui l'a fait sourire encore plus, et il m'a dit "Maybe that's because you know there's no success like failure, and that failure's no success at all!". Je n'ai su que répondre "But I don't laugh like the flowers" et il a rétorqué très doucement "Just because you don't try..." et ça m'a donné envie de pleurer.
Je ne voyais plus rien, je baignais dans une sorte d'océan de gentillesse, je ne me suis jamais sentie aussi bien de ma vie, au chaud, à l'abri de la tempête, et soudain je me suis retrouvée devant un grand feu de cheminée, et je voyais à travers les yeux de Jane Eyre sans être moi-même Jane Eyre. Tout de suite après avoir senti le feu j'étais au restaurant en compagnie de Mme Fairfax et de M. Rochester, qui ne disait rien depuis un moment, je le savais sans même avoir assisté au début du repas. Quand il a parlé il s'est montré très désagréable envers Mme Fairfax, puis il m'a dit "Parlez-moi, Jane, j'ai besoin d'entendre quelque chose de sensé." Sans transition nous étions dans une bibliothèque, assis à une table de lecture l'un en face de l'autre et il prit la main de Jane. A cet instant j'ai quitté la conscience de Jane et je tournais autour d'eux, qui devenaient des sculptures de granit très lisses, très belles, très poétiques, très touchantes, et en même temps très modernes, épurées, juste des silhouettes, dans un mouvement de tendresse pure, deux sculptures liées uniquement par leurs mains qui se frôlent et qui sont sur le point de s'enlacer. Mon regard tournait de plus en plus vite, et quand je me suis réveillée je me suis dit avec dépit que jamais je ne verrai une oeuvre d'art aussi émouvante.
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# Posted on Sunday, 18 October 2009 at 1:47 PM

Jane

Impossible de prévoir, en recevant ce prénom de l'institutrice de primaire pour la classe d'anglais, qu'un jour je le chérirai si fort.

Oui, parce que Jane, ce n'est pas de l'eau de rose ou de l'essence de fleur bleue. Ce n'est pas non plus le romantisme d'une jeune fille enfermée en famille dont la seule délectation est l'écriture. Jane Eyre, c'est la sentence de Simone: On ne naît pas femme, on le devient. Une petite femme chétive et laide qui entretient avec ténacité son intelligence, car elle sait qu'elle sera son seul outil dans la conquête de l'indépendance. Jane Eyre n'est pas une révolutionnaire flamboyante, une libertaire sans concession, une impudente provocatrice. Mais elle supporte aussi patiemment que possible la soumisson à laquelle la force sa fortune, comme Jean-Jacques soupire sous ses habits de laquais en attendant de trouver ses frères humains qui le connaitront comme tel. Elle est inflexible comme il est intransigeant, et au coeur même du passage le plus débordant de tension amoureuse, Jane dit sa liberté, son égalité essentielle:

"'I tell you I must go!' I retorted, roused to something like passion. 'Do you think I can stay and be nothing to you? Do you think I am an automaton? - a machine without feelings? and can bear to have my morsel of bread snatched from my lips, and my drop of living water dashed from my cup? Do you think, because I am poor, obscure, plain, and little, I am soulless and heartless? - You think wrong! - I have as much soul as you, - and full as much heart! And if God had gifted me with some beauty, and much wealth, I should have made it as hard for you to leave me, as it is now for me to leave you. I am not talking to you now through the medium of custom, conventionalities, nor even of mortal flesh: - it is my spirit that addresses your spirit; just as if both had passed through the grave, and we stood at God's feet, equal - as we are!'
[...]
'Jane, be still; don't struggle so, like a wild, frantic bird that is rending its own plumage in its desperation.'
'I am no bird; and no net ensnares me: I am a free human being with an independent will; which I now exert to leave you.'
Another effort set me at liberty, and I stood erect before him."

Jane Eyre est complexe et fascinante. Rochester fait certes rêver les jeunes filles en fleur, mais c'est pour voir la victoire de Jane sur Edward ("Reader, I married him."), pour voir les rôles s'inverser, pour voir une femme aussi dure que le plus dur des hommes, que j'ai continué la lecture du roman de Charlotte Brontë avec passion, et que je vous le recommande maintenant.


~°~ Interlude ~°~

"I tired of the routine of eight years in one afternoon. I desired liberty; for liberty I gasped; for liberty I uttered a prayer; it seemed scattered on the wind then faintly blowing." Chp10, Vol.I

"How many years can a mountain exist
Before it's washed to the sea?
Yes, 'n' how many years can some people exist
Before they're allowed to be free?
Yes, 'n' how many times can a man turn his head,
Pretending he just doesn't see?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind."

"It is a very strange sensation to inexperienced youth to feel itself quite alone in the world: cut adrift from every connection; uncertain whether the port to which it is bound can be reached, and prevented by many impediments from returning to that it has quitted." Chp11.

"How does it feel
How does it feel
To be without a home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?
You've gone to the finest school all right, Miss Lonely
But you know you only used to get juiced in it
And nobody has ever taught you how to live on the street
And now you find out you're gonna have to get used to it
You said you'd never compromise
With the mystery tramp, but now you realize
He's not selling any alibis
As you stare into the vacuum of his eyes
And ask him do you want to make a deal?"

Moralité, Bob Dylan a peut-être lu Jane Eyre.



# Posted on Sunday, 04 October 2009 at 5:56 AM

Edited on Friday, 09 October 2009 at 8:05 AM

Went to see the elusive gypsy...

J'ai rendu visite au bohémien liseur de manouches qui m'a dit que Dieu écrivait droit en lignes de la main courbes et je n'ai pas très bien compris, mais c'est un bonimenteur, alors c'est normal.

Il porte une bague égyptienne, elle étincelle avant chacune de ses paroles.

Il m'a dit: L'esprit de sérieux te tuerait mais comme tu n'en as que la marque, ça va.
Il m'a dit: Avant tu rôdais dans les cimetières pour te la jouer mais maintenant tu les longes en riant; c'est pire.
Il m'a dit: Certaines personnes ont des problèmes relationnels avec leur sèche-linge, toi tu as des sécheresses problématiques avec tes relations; c'est moins bien.
Il m'a dit: Tu passeras ta vie à faire voyager tes désirs et tu apprendras tout le lexique de la vadrouille, mais tu n'iras nulle-part.
Il m'a dit: Tu n'es pas obligée de croire tout ce que je te dis.
Il m'a dit: Tu devrais mentir aussi, surtout à toi-même.
Il m'a dit: Oublie Friedrich.
Il m'a dit: L'auto-dérision n'est pas qu'une distance salutaire avec soi-même, c'est aussi le premier et le dernier des désespoirs.
Il m'a dit: Tes obsessions auront ta peau.

J'ai dit que j'étais d'accord. J'ai dit aussi que quand Émilie Loizeau se permettait de reprendre Dylan il y avait des bûchers qui se perdaient. Il m'a dit que c'était une autre histoire et qu'on n'était pas là pour tailler une bavette. J'ai dit oui.

Je lui ai demandé si un jour je devais abdiquer, il a dit qu'il comprenait mais ne pouvait prévoir le choix que je ferai. Comme ce mec ne servait à rien je l'ai buté, et il m'a dit "merci, je me demandais quand tu allais te décider".

# Posted on Tuesday, 22 September 2009 at 2:07 PM

Edited on Sunday, 01 November 2009 at 10:48 AM