Je veux mon Macbeth perso.

Je veux mon Macbeth perso.
Tout le monde ne peut pas se plaindre d'avoir eu le coeur brisé par Lancelot ET Macbeth.
Alors je ne vais pas me plaindre.

Thomas Cousseau, larguez l'social et ramenez vos miches
là où vous êtes attendu, la prochaine fois!!

Certes, vous trouvez peut-être comme moi qu'Astier a encore sacrifié Lancelot. Mais vous pourriez vous voiler votre belle petite gueule comme je le fais avec ma vieille tronche à moi, en vous disant qu'il a gardé le meilleur pour la fin en ne le faisant apparaître qu'au cinquième épisode du Livre VI, et qu'il a mis l'essence du personnage dans les trois ou quatre phrases qu'il prononce rapidement et tout bas: l'efficacité dramatique mimerait l'efficacité militaire et administrative (eurk!), la concision exemplaire sa faculté à aller droit au but sans palabrer des siècles comme tous les cons qui l'entourent. Flouter légèrement le visage de Lancelot qui se tient déjà dans l'obscurité, traduirait l'incompréhension dont font preuve les fans de Kaamelott quant à son caractère, sa personnalité, ses intentions, ses sentiments: ils inversent les effets et les causes, et ne montrent aucun discernement puisqu'ils semblent oublier totalement l'environnement difficile dans lequel évolue Lancelot, et à quel point son existence au chateau est frustrante pour lui.
Sinon, Astier est juste tellement occupé à soigner son Arthur qu'il n'y a pas de place dans la série pour un autre beau personnage, aussi complexe que le roi. C'est sans doute aussi le syndrôme Emma Peel/John Steed, l'une faisant un peu trop d'ombre à l'autre au goût de celui-ci... "Non, mais lui c'est chiant!", quoi.
Ou bien, on imite un chevreuil.

Monsieur Cousseau, capitaine des éclaireurs, moi le blondinet aux bottes bien cirées et ses airs de p'tit minet, j'le surkiffe grave. Alors siouplaît, pointez-vous.

# Posté le jeudi 26 mars 2009 09:46

Modifié le jeudi 26 mars 2009 14:56

Au Printemps du Ciné, j'aurais mieux fait de rester couchée.

Au Printemps du Ciné, j'aurais mieux fait de rester couchée.
Mais avant tout, the news of the century (ou au moins de l'année 2009): Bob Dylan, Bobby, oui, se pointe à Paris les 7 et 8 avril. Tchernodébylus dans ma tête, Wha' da folk? et question "pourquoi y'a pas d'affiches publipapoucitaires", du moins jusqu'à ce que je me prenne le coup de pied au cul de ma vie en zieutant les prix... Oh punaise! 180¤ en catégorie peuple, c'pas dans mes moyens vieux bobby, t'abuses du slip! Un petit tour et puis s'en vont sur E-bay, la moins chère est à 70¤ mais je sens comme un couack qui s'profile, alors je m'abstiens.
Lecture du descriptif de la tournée en cours qui calme sa joie à la chamade qui se la joue StGuy dans ma poitrine, visiblement il reprend surtout du vieux blues, tout ça tout ça...
OR s'il venait à nous claquer entre les pattes avant son prochain passage en Europe?? Eh bien c'est tout simple: jamais de ma vie je ne me pardonnerai ma couardise. Ce sera LE regret de mon existence terrestre, l'épine dans le coeur et l'écharde dans le pied.
Oui, certes, mais imagine si le concert était juste... moyen? Voir Bobby EN VRAI, l'entendre EN VRAI, et être super déçue, déjà, alors que tu viens de le débusquer, et qu'il pourrait te fournir la nourriture musicale de ces cinq, voire dix prochaines années?? Et si le voir maintenant, ce serait tout gâcher irrémédiablement?
Et si tu te décidais un peu, enfin, à vivre dangeureusement?!? On dirait une vieille femme...

Bon sinon... Quelle débâcle, ce printemps cinématographique! Pélleas et Mélisandre, une sorte de making of d'opéra, trop long, avec trop de scènes inutiles, mais quelques interviews lumineuses qui font que je ne regrète ni le temps ni l'argent dépensés. Of time and the city, documentaire sur Liverpool par un vieux mec qui y est né... L'ambition est certes belle, évoquer le temps passé dans l'ancien Liverpool dont il ne reste plus grand chose, évoquer quelques traits biographiques forts... Mais le narrateur est insupportable, les images laides, la musique de même. Je me suis rarement aussi ennuyée. John Lennon avait tout dit dans In my life et Paul Macca a résumé la situation et sans le vouloir tout le contenu de ce docu récent en quelques mots: "J'y suis retourné, mais j'ai été peiné de voir qu'il ne reste presque plus rien du Liverpool de ma jeunesse." Ce soir, Two Lovers. Même le plaisir de contempler Joaquin Phoenix ne nous a pas sauvées de l'ennui profond, Camille et moi. Le degré zéro du triangle amoureux, du mec qui accepte la petite mort quotidienne en se "rangeant". Sans dèc, ça aurait pu être intéressant, mais le réalisateur a créé un tas de malentendus, et a bâclé un tas de trucs, de mon point de vue. A ne pas voir.

# Posté le mardi 24 mars 2009 18:00

Modifié le dimanche 21 juin 2009 10:46

For Don Rodrigue's sake.

For Don Rodrigue's sake.
LE PERE JESUITE - ... s'il ne va pas à Vous par ce qu'il a de clair, qu'il y aille par ce qu'il a d'obscur; et par ce qu'il a de direct, qu'il y aille par ce qu'il a d'indirect; et par ce qu'il a de simple,
Qu'il y aille par ce qu'il a en lui de nombreux, et de laborieux et d'entremêlé,
Et s'il désire le mal, que ce soit un tel mal qu'il ne soit compatible qu'avec le bien,
Et s'il désire le désordre, un tel désordre qu'il implique l'ébranlement et la fissure de ces murailles autour de lui qui lui barraient le salut,
Je dis à lui et à cette multitude avec lui qu'il implique obscurément.

LE ROI - ... L'homme en qui je me reconnais et qui est fait pour me représenter n'est pas un sage et un juste, qu'on me donne un homme jaloux et avide!
Qu'ai-je à faire d'un homme raisonnable et juste, est-ce pour lui que je m'arracherai cette Amérique et ces Indes prodigieuses dans le soleil couchant, s'il ne l'aime de cet amour injuste et jaloux?
Est-ce dans la raison et la justice qu'il épousera cette terre sauvage et cruelle, et qu'il la prendra toute glissante entre ses bras, pleine de refus et de poison?...
LE CHANCELIER - Je ne connais qu'un homme qui réponde au désir de Votre Majesté. Il s'appelle Don Rodrigue de Manacor.

LA LUNE - ... Rodrigue, et cependant entends-tu cette voix qui te dit: "Rodrigue"?
Le connais-tu à présent que l'homme et la femme ne pouvaient s'aimer ailleurs que dans le paradis?
"Ce paradis que Dieu ne m'a pas ouvert et que tes bras pour moi ont refait un court moment, ah! femme, tu ne me le donnes que pour me communiquer que j'en suis exclu.
"Chacun de tes baisers me donne un paradis dont je sais qu'il m'est interdit.
"Où tu es il y a l'impuissance désormais pour moi d'échapper à ce paradis de torture, à cette patrie de toutes parts, à chaque coup, qui me pénètre et dont je suis forclos.
"O femme, tu l'as découverte, cette place que tu ne pouvais en moi atteindre que les yeux fermés! La voilà donc au fond de moi, cette blessure que tu ne pouvais me faire que les yeux fermés!
"C'est toi qui m'ouvres le paradis et c'est toi qui m'empêches d'y rester. Comment serais-je avec tout quand tu me refuses d'être autre part qu'avec toi?
"Chaque pulsation de ton coeur avec moi me rend le supplice, cette impuissance à échapper au paradis dont tu fais que je suis exclu.
"Ah! c'est en cette blessure que je te retrouve! C'est par elle que je me nourris de toi comme la lampe fait de l'huile,
"De cette huile dont brûlera éternellement cette lampe qui ne réussit pas à en faire de la lumière."
Il parle et je lui baise le coeur.

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# Posté le mardi 17 mars 2009 06:42

Modifié le dimanche 22 mars 2009 17:52

Je vis dans ma tête.

Détachée des obligations extérieures et du tumulte de la trivialité concrète, je converse silencieusement avec moi-même, sans besoin de mots, et retrouve une relation authentique avec un monde primitif recomposé par mon imaginaire.

Si seulement... (Jamais ces deux mots ne furent posés sur une page avec tant de lourdeur, cette page fût-elle virtuelle.)

Car il y a toujours quelque mauvais esprit pour me tirer de ma rêverie bienheureuse, de cette espèce d'ataraxie bien cachée, pour me jeter toute effrayée dans les miasmes des sentiments des autres, dans les marécages cartoneux de leurs intentions, opinions, rancoeurs et anxiétés, auxquelles je refuse de m'associer. Je n'ai rien demandé, bon dieu! (Et lisant pesez chaque mot, que chaque syllabe s'attarde! "JE n'ai RIEN DEmandééé, BON DIEUUU!!!") Je ne veux pas me mouiller. Je n'ai pas écrit "me souiller": ce serait trop fort et exécrablement prétentieux. Je refuse simplement d'être complice de ça. De ça. Je REFUSE de prendre part à cette conversation.


Jamais samedi après-midi ne fut mieux employé que celui qui vient de se dérouler lentement, scène après scène, sur les rails de mon temps. Depuis, j'ai l'impression mordante de... végéter. Tout de suite après la pièce, le gros du choc passé, l'envie énorme est revenue de m'enlever de là, de m'élever de là, de me plonger ENFIN et COMPLETEMENT dans l'essentiel, de co-naître à l'essence du monde par le hublot des lettres et des arts, de ne plus vivre que ce qui me ferait toucher au plus près l'absolu, quelque chose de pur, quelque chose sans strates historiques, quelque chose d'un blanc à faire fondre les yeux. Virer les freins une bonne fois et foncer dans le tas. Balancer magazines, facebook, divertissements, acquaintances inutiles, pertes de temps...

Malheureusement le choc passa.

Pour que je le fasse enfin, vraiment, je sens qu'il faudrait la même journée Le Soulier de Satin, Into the Wild, Les Rêveries du Promeneur Solitaire et Bob Dylan. Juste cela, je le jure. Rien de plus. Je le sens.

Les Rêveries, Bobby, Claudel, the Wild: voilà tout.

TOUT.

Un jour je réussirai à m'enfermer dans ma roulotte pour lire le monde et l'humain, et ce jour là je serai absente pour tout ce qui flotte à la surface et s'y cramponne.


'Le Pire N'Est Pas Toujours Sûr.' 'Dieu Ecrit Droit Avec Des Lettres Courbes.' 'Je Voudrais Elargir Le Monde.' 'Le Vice-Consul Baisse La Tête Et Pleure.'
Je vis dans ma tête.

# Posté le dimanche 15 mars 2009 18:09

Modifié le mardi 07 avril 2009 15:20

De la boue?!?

Donc, "un chanteur désemparé, déchiré (tangled up in blues?) par ses déboires conjuguaux (Sara?) qui se lance en 1975 dans une improbable série de concerts, à mi-chemin de la virée entre potes et du spectacle de cirque. Sur scène, une ribambelle de musiciens entourent un Bob Dylan grimé en clown triste, pataugeant dans une instrumentation boueuse à souhait. Que dire de plus, sinon que l'exhumation luxueuse de ces bandes maudites a quelque chose de déraisonnable, un côté décadent absolument délicieux. Pour qui est fanatique de Bob Dylan, cela va de soi." analysent les Inrockuptibles dans leur hors série consacré au vieux Bobby (qui n'est pas mort, comme j'ai dû le rappeler vingt fois ces derniers mois à mes contemporains)...

Ouais, fanatique, ça me va: car si je devais choisir une période préférée dans l'oeuvre de Dylan, je dirais de 1962 à 2009. Chanteur total-foutraque aux troubadours rock-gypsy, ça me va aussi. De toute façon, si j'avais laissé les Inrocks me dicter mes goûts à l'époque où j'étais abonnée, je serais à présent une homosexuelle militante adorant Franz Ferdinand et les vieux films érotiques. C'pas comme si j'avais loupé grand chose.

Bon mais avec tout ça je suis à dix mille lieues sous les mers du ton que je voulais infuser à cet article, et qui aurait été l'équivalent verbal de l'ambiance du morceau... dans le monde des Bisounours où je vaudrais mieux que tous ces grands écrivains qui n'arrivent presque jamais à faire exactement ce qui leur tourne dans la tête.
(Laissez-moi le plaisir de l'auto-flagellation, c'est aussi bon pour la parturition que se rouler dans les orties à l'aube!)

We set out that night for the cold in the North.
I gave him my blanket, he gave me his word.
I said, "Where are we goin'?" He said we'd be back by the fourth.
I said, "That's the best news that I've ever heard."

I was thinkin' about turquoise, I was thinkin' about gold,
I was thinkin' about diamonds and the world's biggest necklace.
As we rode through the canyons, through the devilish cold,
I was thinkin' about Isis, how she thought I was so reckless.

How she told me that one day we would meet up again,
And things would be different the next time we wed,
If I only could hang on and just be her friend.
I still can't remember all the best things she said.

We came to the pyramids all embedded in ice.
He said, "There's a body I'm tryin' to find.
If I carry it out it'll bring a good price."
'Twas then that I knew what he had on his mind.

The wind it was howlin' and the snow was outrageous.
We chopped through the night and we chopped through the dawn.
When he died I was hopin' that it wasn't contagious,
But I made up my mind that I had to go on.

I broke into the tomb, but the casket was empty.
There was no jewels, no nothin', I felt I'd been had.
When I saw that my partner was just bein' friendly,
When I took up his offer I must-a been mad.

I picked up his body and I dragged him inside,
Threw him down in the hole and I put back the cover.
I said a quick prayer just to feel satisfied.
Then I rode back to find Isis just to tell her I love her.

She was there in the meadow where the creek used to rise.
Blinded by sleep and in need of a bed,
I came in from the East with the sun in my eyes.
I cursed her one time then I rode on ahead.

She said, "Where ya been?" I said, "No place special."
She said, "You look different." I said, "Well, I guess."
She said, "You been gone." I said, "That's only natural."
She said, "You gonna stay?" I said, "If you want me to, yes!"

Isis, oh, Isis, you mystical child.
What drives me to you is what drives me insane.
I still can remember the way that you smiled
On the fifth day of May in the drizzlin' rain."


J'ai juste trop tardé à rédiger tout ce que m'a inspiré d'un coup l'interprétation violente, extrême de cette chanson dont je ne connaissais que la version studio. C'est perdu, maintenant. Tout s'est fondu au reste, s'est mélangé aux rosaces complexes de mes sentiments, comme si ça avait toujours été là. Il me faudrait un escabeau pour monter là-haut... A moins que Quasimodo me fasse la courte échelle? J'en profiterais pour virer les toiles d'araignée!

# Posté le lundi 09 mars 2009 07:33

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 11:37

Turbulences

Here's the time of political whirlpools at last. Sentiment de calme avant la tempête, en ce matin pluvieux. Hier soir déjà l'atmosphère était électrique, la pluie délicieuse, légère, comme pour nous adoucir les membres et les préparer à la Hard Rain That's A-Gonna Fall. « PECRESSE A LA HACHE, SARKO A LA KALACH' » lis-je tous les matins sur un bâtiment de la Rue d'Ulm; j'aimerais y voir un message prophétique. Des troubles historiques s'annoncent, selon les professeurs et le directeur de la Sorbonne, on parle évidemment de mai 68 parmi les rangs étudiants, sans peur de la fadeur de cette référence désormais incontournable. Une petite prof de langue française nous dit d'un air effaré qu'en quarante ans de carrière elle n'avait jamais vu ça. Vu quoi? Rien n'a commencé encore. Mais je suis d'une humeur de chien.
Plus moyen de lire, alors plus moyen de s'endormir: tout me paraît décalé, hors de propos, la délectation que me donnait Sophie's Choice a laissé place à de la révulsion. Je voudrais être loin d'ici. Aux Etats-Unis où ils peuvent avoir de l'espoir, où tout n'est plus dégueulasse comme ici, où tout ne sera plus sacrifié sur l'autel de la finance, où l'éducation sera à nouveau regardée avec l'intêret qu'elle mérite et non comme en France avec une méfiance toute dictatoriale. Je voudrais être loin de ces turbulences nauséabondes, loin de ce fatras d'injustices qui me forcent à écouter les informations, qui me forcent à réentendre la cacophonie politique, qui me forcent à prendre le parti des choses actuelles, qui me forcent en un mot à avoir les pieds sur la terre.

« Soyez maudits, d'abord d'être ce que vous êtes,
Et puis soyez maudits d'obséder les poëtes!
Soyez maudits, [Darcos, Pécresse, Sarkozy deux],
De faire au penseur triste un cortège hideux,
De le suivre au désert, dans les champs, sous les ormes,
De mêler aux forêts vos figures difformes!
Soyez maudits, bourreaux qui lui masquez le jour,
D'emplir de haine un coeur qui déborde d'amour! »

Mon prof d'anglais nous dit que l'autonomie aurait des avantages pour une université aussi forte que la Sorbonne, mais qu'elle serait désastreuse pour les facs de province. Je pense à Lille 3. Et ce faux master pro qui ferait passer deux ans d'études en plus aux jeunes gens qui ambitionnent d'enseigner, deux ans qui ne compteraient même pas au contraire de deux ans de master recherche. Notre génération d'étudiants se lancera la peine au coeur dans ces deux ans qui comptent pour du beurre, et la réforme sera finalement annulée, et nous serons la génération sacrifiée des sous-profs dont il faudra bien faire quelque chose mais qui serons sous-estimés, et peut-être bien, pourquoi pas, sous-payés. On alonge et la durée des études et la durée de cotisation obligatoire pour avoir une retraite complète: les réformes sont incohérentes, ou plutôt, parfaitement cohérentes dans une immense masquarade de foutage de gueule généralisé. On économisera sur le dos des vieux épuisés qui ne profiteront pas de leur retraite, trop usés par les longues années de boulot dans une société en décomposition, puisque désertée par les valeurs essentielles au maintien d'une démocratie, valeurs autrefois enseignées à l'école. Dès qu'on aborde ce sujet, on tombe inévitablement dans le pathos et les extrêmes dignes de flyers du PC, mais un peu de philo politique permet de prendre conscience de la fragilité de l'équilibre indispensable à une démocratie. Un rien le renverse et le régime n'a de la démocratie que le nom pompeux. Les deux premiers mots de la devise de la République française ne sont pas là pour faire joli. La liberté est à la fois le but et la condition sine qua non de la démocratie, et l'égalité le moyen de rendre les citoyens libres. Quelle égalité dans une économie capitaliste? Quelle probité dans un régime où le chef de l'Etat exhibe sa richesse extravagante?

«[...] - Imbécile!
Te figures-tu donc que ceci durera?
Prends-tu pour du granit ce décor d'opéra?
Paris dompté! par toi! dans quelle apocalypse
Lit-on que le géant devant le nain s'éclipse?
Crois-tu donc qu'on va voir, gaîment, l'oeil impudent,
Ta fortune cynique écraser sous sa dent
La révolution que nos pères ont faite,
Ainsi qu'une guenon qui croque une noisette? »

Que le personnel de l'Etat, que les politiques s'en foutent plein les fouilles si leur bonheur est assez bas pour venir de l'argent, je n'en ai cure, tant qu'ils s'occupent de faire tourner la boutique, me laissant le loisir de m'occuper de ce qui me plaît. Je ne suis pas idéaliste au point de réclamer une égalité stricte et de toute façon irréalisable. Mais ils devraient avoir l'intelligence minimale de maintenir les apparences. Et merde, il n'y a donc personne là-bas pour leur expliquer quelques pages de Rousseau et de Pascal??

« Science, art, poésie, ont dissous les entraves
De tout le genre humain. Où sont les maux soufferts?
Les libres pieds de l'homme ont oublié les fers. »

Cet après-midi, je vais sous la pluie de Paris manifester mon écoeurement au milieu de la troupe des étudiants et des professeurs que les réformes outragent. J'espère que cela suffira à faire passer cette grande Nausée.

Les extraits de poèmes sont tirés des Châtiments de Victor Hugo, où devant Napoléon le Petit surgit à chaque vers Sarkozy le Riquiqui.
Beware: Little Brother is Watching You.


Turbulences

# Posté le mardi 10 février 2009 12:48

Modifié le lundi 09 mars 2009 07:33

* * * Aujourd'hui il y a du soleil sur Paris * * *

La capacité d'émerveillement de mon pauvre cerveau à la vue d'un simple ciel cyan m'étonnera toujours.

Oh, pourquoi démarre-je (démarge!?) cet article sur cette note cynique et distanciée alors que je suis ce matin de l'humeur la plus chârmante?

Peut-être est-ce parce que mon style ne peut être lyrique sans ridicule, que je suis plus Voltaire que Rousseau, ou du moins, que j'ai l'âme rousseauiste et l'expression voltairienne. Putain, j'suis pas dans la merde.

Mais POURQUOI cet éternel combat entre les deux mêmes Grands dans ce blog, pourquoi cette perpétuelle opposition, me direz-vous impatientés?

Eh bien figurez-vous que la réponse à cette si justifiée interrogation (j'aime les hiatus, ça se voit?) m'est apparue, telle une illumination contenue dans le premier rayon de soleil m'ayant touché le front au réveil (See? Je ne peux tout simplement pas faire dans le lyrique.): si cette lutte sanglante (aaah Blake...) m'obsède de la sorte depuis des années, c'est parce qu'elle résume la lutte originelle qui se livre en moi depuis l'aube de ma personnalité. Je sais, dit comme ça, ça fait con.

Je suis passée d'une année à l'autre de l'hippie suroptimiste à la gothique hyperpessimiste, pour arriver à l'être moral-mais-destroy, entre trashattitude et bonté d'âme que vous connaissez pour la plupart et que vous avez l'extrême gentillesse de supporter, voire d'aimer (ça fait toujours bien de lêcher un peu les bottes de ses lecteurs... Une fois n'est pas coutume.) bref un truc intenable. C'est comme si j'avais voulu incarner Nietzsche et Kant en même temps: vous voyez d'ici le bordel. Maintenant je passerai bien à autre chose... Wait and see.

Ce qui précède, j'aurais dû l'écrire dans le truc informe qui me sert de journal, mais puisque c'est là, et puisque deux pauvres paires d'yeux au maximum tomberont là-dessus, tant pis, je le publie quand même.

Ceci devait être à l'origine un article concernant la beauté hivernale de Paris ensoleillée. Quelque chose me dit que je n'aurais pas aimé écrire ça et que c'est aussi bien là où c'est resté: dans mon humeur.


Merci de votre incompréhension.

# Posté le jeudi 15 janvier 2009 07:57

Modifié le samedi 17 janvier 2009 12:57

January, 2nd.

"Les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes; elles ont peur d'être découvertes et passent dans la vie les yeux baissés." écrit Flaubert dans L'Education Sentimentale. Alors je pose une question: que se passe-t-il quand une honnête femme ressent une passion profonde? Rampe-t-elle sur le sol en refusant d'ouvrir la bouche de peur d'éventer son grand secret?

I ain't lookin' to compete with you,
Beat or cheat or mistreat you,
Simplify you, classify you,
Deny, defy or crucify you.
All I really want to do
Is, baby, be friends with you.

No, and I ain't lookin' to fight with you,
Frighten you or uptighten you,
Drag you down or drain you down,
Chain you down or bring you down.
All I really want to do
Is, baby, be friends with you.

I ain't lookin' to block you up
Shock or knock or lock you up,
Analyze you, categorize you,
Finalize you or advertise you.
All I really want to do
Is, baby, be friends with you.

I don't want to straight-face you,
Race or chase you, track or trace you,
Or disgrace you or displace you,
Or define you or confine you.
All I really want to do
Is, baby, be friends with you.

I don't want to meet your kin,
Make you spin or do you in,
Or select you or dissect you,
Or inspect you or reject you.
All I really want to do
Is, baby, be friends with you.

I don't want to fake you out,
Take or shake or forsake you out,
I ain't lookin' for you to feel like me,
See like me or be like me.
All I really want to do
Is, baby, be friends with you.

"All I really want to do", Bob Dylan.
Ci-après: "The Whirlwind of Lovers", William Blake.
January, 2nd.

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 10:04

Modifié le dimanche 04 janvier 2009 11:50

________________I'm a delusive gypsy______________

Ma roulotte n'a pas de roues
Pas de cheval
Pas de poële à charbon
Pas de bassine pour se laver
Pas de rideaux multicolors

Et l'unique cordeau des trompettes marines.

Mon habit n'a pas de trous
Pas de franges
Pas de fleurs imprimées
Pas de breloques
Pas de couleurs non plus

Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître
Autre que l'histrion qui du geste évoquais
Comme plume la suie ignoble des quinquets ,
J'ai troué dans le mur de toile une fenêtre.

Mon parlage est sans tangage
Sans non-sens
Sans vapeurs d'encens
Sans Lorenzaccio dansant
Sans romantisme lancinant

Parfums, couleurs, systèmes, lois !
Les mots ont peur comme des poules.
La chair sanglote sur la croix.

Arracher les fers et bercer la chair à l'azur, à l'éther, à la stratosphère, jusqu'à ce qu'elle étouffe; draper les nerfs dans le souffre et l'opium, et la bile, et le phlegme, jusqu'à ce qu'ils crient "Pouah! Fi!"; déchirer les linéaments très-soudainement, faire volte-face, exhiber le verso, pleurer et hurler jusqu'à vider la sensiblerie, vomir et suer jusqu'à expurger la rationalité, et bon dieu QU'IL NE RESTE PLUS RIEN!

Apollinaire, Mallarmé, Verlaine.
________________I'm a delusive gypsy______________

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 14:01

Modifié le mercredi 10 décembre 2008 14:46